Qui décide de notre santé dans les sociétés traditionnelles ?
Dans les sociétés rurales et traditionnelles, la perception de qui contrôle la santé influence profondément les choix médicaux. Une enquête menée auprès de 293 éleveurs agro-pastoraux en Namibie révèle que la majorité attribue leur santé à des figures externes plutôt qu’à eux-mêmes. Les médecins et les entités divines occupent une place centrale dans leurs croyances, tandis que le sentiment de maîtrise personnelle arrive en dernier.
Cette étude montre que plus les individus sont intégrés au marché et exposés à l’économie moderne, plus ils développent un sentiment de contrôle interne sur leur santé. À l’inverse, dans les zones les plus isolées, la confiance en des autorités extérieures comme les médecins ou la divinité domine. Une découverte surprenante : ceux qui estiment avoir le plus de contrôle sur leur propre santé se montrent plus méfiants envers les vaccins. En revanche, ceux qui accordent une grande importance au rôle des médecins adoptent une attitude plus favorable à la vaccination.
Les chercheurs ont également observé que l’intégration au marché modifie les croyances sur la santé. Dans les régions rurales, les sources externes de contrôle sont perçues comme plus déterminantes. Cela suggère que les campagnes de santé publique axées sur l’autonomie individuelle pourraient être moins efficaces dans ces contextes. En revanche, impliquer des figures d’autorité respectées, comme les médecins ou les leaders communautaires, pourrait renforcer l’acceptation des soins préventifs.
L’enquête souligne aussi que la méfiance envers les systèmes médicaux, souvent héritée de l’histoire coloniale, joue un rôle clé. Les populations étudiées expriment une confiance générale envers les vaccins, mais cette confiance varie selon le type de vaccin et le niveau de défiance envers les institutions. Par exemple, la vaccination contre le COVID-19 suscite plus de réserves que les vaccins contre la tuberculose ou le paludisme, perçus comme moins politiques.
Ces résultats invitent à repenser les stratégies de santé publique. Plutôt que de miser uniquement sur l’autonomie des individus, il serait plus pertinent de s’appuyer sur les réseaux de confiance locaux et les croyances partagées. Comprendre comment les sociétés traditionnelles perçoivent le contrôle de leur santé permet d’adapter les messages et d’améliorer l’accès aux soins, en tenant compte des réalités culturelles et historiques.
Bibliographie
Source de l’étude
DOI : https://doi.org/10.1186/s44263-026-00251-4
Titre : The power of powerful others: health locus of control and vaccination behavior in rural Namibian pastoralists
Revue : BMC Global and Public Health
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Sean Prall; Brooke Scelza; Aparicio Lopes